Arrêt du coeur
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Que connaît-on du Brésil ? Pas grand-chose. Ce n'est pas le court roman d' Adriana Lisboa qui nous documentera avec précision sur ce pays, son histoire et ses coutumes, mais le texte offre autre chose : une rencontre entre deux êtres. L'amour, exactement. Le temps d'une petite centaine de pages, l'auteur nous emmène aux côtés du narrateur et de Paloma, celle grâce à qui « son cœur s'est arrêté de battre pour la première fois ».
Quand le coeur s'arrête est une longue lettre que son auteur, un adolescent qui vit à Rio de Janeiro, adresse à un de ses tous nouveaux amis. On ne saura jamais le prénom de cet auteur, car dans la lettre il n'y a que Paloma qui a droit d'être nommée, Paloma à la taille fine, Paloma si jeune, quatorze ans. Les autres personnages sont « ma mère », « ma sœur », « son père », des proches lointains, dont le narrateur se sent souvent très différent. « L'impression que j'ai, parfois, c'est que nous sommes des étrangers cohabitant dans une pension et que, à un moment donné, les uns ou les autres vont s'en aller et qu'alors il ne restera rien, aucun lien, aucune relation, rien. » A quinze ans, l'adolescent s'exprime avec lucidité, comme un début de sagesse triste, émue, à cause de « cette case en moins. Ou en trop » qui le caractérise, selon sa mère. Quand mon cœur s'arrête est un récit calme, mais douloureux, car il raconte un accident, l'hôpital, et le coma.
Par petites touches, Adriana Lisboa raconte le Brésil : les inégalités régionales et sociales, Rio de Janeiro surpeuplé, et aussi les beautés de son pays, comme la plage d'Ipanema où le narrateur rencontre Paloma. Avec elle, il s'habitue à écouter de la musique sans parler, allongés dans sa chambre, tandis que son père le heurte avec des questions comme « Est-ce que tu couches avec cette petite ? ». Mais Paloma et « lui » rêvent bien au-delà de ce genre de considérations. Ils se regardent et ça suffit.
Le mystérieux « tu », destinataire de la lettre, plane comme une ombre sur tout le récit, auquel il sert aussi de fil directeur. Quand le cœur s'arrête semble se terminer à peine commencé, peut-être parce qu'il n'a ni début ni fin, encerclé par la mer qui « est au commencement de tant de choses ». « Comment ça se fait que la mer ne déborde pas ? », s'est interrogé le narrateur lorsqu'il était enfant, sans jamais obtenir de réponse. On ne sait pas non plus, on lit, et c'est beau comme ça.
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